09/05/2006

La Porsche rouge

Un jour dans le Hainaut, une entité qui jouxte Charleroi. La pluie - ou plutôt un crachin serré et lourd - s’est une nouvelle fois invitée à bord de mon nouveau voyage au bout de ma quête de l’inaccessible emploi.

 

Un matin, un courriel. Une personne a noté mes coordonnées qui gisaient sûrement sur un quelconque site spécialisé, de ceux qui vous promettent de trouver, en quelques clics, le job de votre vie. Gigantesque miroir aux alouettes ou, plutôt, aux pigeons.

 

Bref, j’apprends que cette personne souhaite créer une nouvelle société, avec un concept révolutionnaire et dont le siège serait implanté quelque part entre Mons et Charleroi. Cette personne m’annonce qu’elle recherche, pour débuter, trois personnes d’expérience aux profils très différents qui seront amenées à être des piliers dans leur secteur. Alléluia. On semble avoir jeté son dévolu sur moi.

 

L’entretien téléphonique est rondement mené, rendez-vous est rapidement pris.

 

Je navigue donc sous ce ciel opaque et son immense rideau de bruine qui s’abat sur le pare-brise. La chaussée se déroule comme un gros serpent d’une gluante paresse. « La maison est très à l’écart du centre du village, mais vous verrez, il y a une Porsche rouge devant l’entrée » m’avait annoncé la personne.

 

Je tourne comme une toupie dans ce Hainaut profond, glabre et détrempé. Un café esseulé, ma chance. Relents rances et tabac froid. Quelle est la vie, le destin, les peurs et les joies de cette personne accoudée au comptoir qui m’indique avec force gestes l’itinéraire à suivre. Des questions qui m’enveloppent comme une chape de plomb. J’éteins la radio. Pour mieux percevoir le frottement des essuie-glaces. La route est étroite, les maisons s’éloignent, des prés à perte de vue. Drôle d’endroit pour une rencontre. Je souris.

 

Sous le porche, la Porsche. Rougeoyante. Comme déposée par inadvertance dans ce lieu improbable. « Non, ce n’est pas ma maison, en fait, je l’occupe quand je suis ici pour travailler »  me précise la personne. Près de deux heures de discussions, le projet me plaît et mon interlocuteur semble apprécier mon enthousiasme et mes connaissances. Coups de fil quelque part en France pour une question de salaire et de contrat. Je jubile en silence. Je refoule les pensées négatives qui parasitent cet instant de bonheur : la société n’existe que dans l’imagination de mon interlocuteur … Poignée de mains, il promet de me recontacter dans quelques jours, puis de nous revoir.

 

Les quelques jours passent. Et mes espoirs trépassent. Je téléphone, mais les choses traînent. La personne me dit rencontrer de nombreux décideurs wallons et me « tiendra au courant ». Atermoiements. Je multiplie les courriels, dont les réponses, avec les semaines, s’estompent. Je n’aurais plus aucune nouvelle.  Expérience surréaliste.

 

Pour y croire, il faut vivre dans le monde flou des sans-grade qui peuplent la vaste plaine de la « Chômagie ».     

14:55 Écrit par Stockwell | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

l'homme à la voiture rouge Cà me rappelle un vieux feuilleton radiophonique du début des années 60 "l'homme à la voiture rouge", l'histoire de votre mégalo déguisé en courant d'air. Merci pour ce réçit si bien mené (j'étais da'ailleurs sur le siège passager, puis au coin du bar puant le tabac froid avant d'aperçevoir le bolide rouge garé, sans doute sans moteur), c'était frais et vivifiant. Encore ! ARAMIS

Écrit par : ARAMIS | 09/05/2006

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