17/06/2006

Patience dans l'usure

Paresse dans la touffeur des prémisses de l’été. Mon regard se fige sur le parc alangui. Torpeur chaleur suintée de doutes. Vrombissement du soleil. Gloussement des tourterelles. A tire d’elles mes ailes, depuis longtemps sont repliées. En rade. En marge. J’émarge sans émerger du chômage. Le temps tentacule s’enroule autour de mon destin aux contours flous. Tentatives avortées, avorton d’horizon. Envies d’abandon. Demandeuse d’emploi qui ploie.

 

Demandeurs d’emploi. Qui va nous répondre ? Chercheurs d’emploi. Qu’allons nous trouver ? Chômeurs. C’est quand qu’on va où ?

 

Grève des transports en communs. La voiture tangue dans les virages, je me laisse bercer par la houle du moteur dans les tunnels bruxellois. La tête contre la fenêtre. La fraîcheur de la vitre contre ma tempe. 8h30, direction les Job Days, avenue Louise. Première édition de ce salon. Sorte de « speed-dating » pour décrocher un entretien auprès d’une entreprise qui se présente. Mes curriculums vitae sous le bras. La foule se presse. Derrière de petites tables, l’employeur potentiel attend le client demandeur d’emploi. Les files se forment pour pouvoir deviser avec le représentant d’une entreprise. Cinq minutes pour convaincre, pour accrocher un regard, marquer des points sur les prédécesseurs et les suivants. La salle est engorgée. Aucune fonction ne semble me correspondre. Qu’importe, presque machinalement, je m’installe devant mon interlocuteur. Parler de moi, de ce que je sais faire, de ce que je veux faire, de ce que je peux apporter.

 

Forcer un destin qui se refuse inexorablement à moi.   

 

Certains prennent mon curriculum vitae du bout des doigts, d’autres me le demandent par politesse. La détresse doit être devenue palpable au fil des heures. D’autres esquivent mon regard pour ne pas s’en emparer. Je ne suis pas ingénieur, coiffeuse, informaticienne, programmatrice. Dans un élan de désespoir, je tenterais bien ma chance comme chauffeur ou dispatcher. Un call-center ferait mon bonheur. Je quitte la salle surchauffée, bousculée, empêtrée dans les files, étouffée par ce brouhaha gluant que renvoient les murs.

 

Dehors, la file s’étire. Groggy, je reste sur le trottoir. Une personne me hèle, j’entends mon prénom. Une fois. Deux fois. Je reconnais de loin X. Nous avons fait une partie de nos études ensemble. Elle sort de la foule pour me claquer la bise. Elle se rend aussi au salon. Elle a aussi perdu son emploi. Elle me questionne sur ma présence. Je mens : je suis venue ici juste en visite. Je noie le poisson. Je me perds dans son eau trouble.

 

15:03 Écrit par Stockwell | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Moi aussi Bonjour.
J'ai passé une période de 4 ans de chômage entrecoupée d'un stage rémunéré (misère) de 9 mois qui ne m'a rien rapporté de concret pour le travail. Mon CV traiant un peu partout sur le Net, on m'a contacté pour un contrat de 1 ans renouvelable. C'est pas le paradis mais enfin c'est déja ça.
Cependant, cette période de creux m'a permis de revoir les personnes de mon entourage. Facil, le vide c'est fait de lui même.
Etant de nature a ne pas me laisser abattre, je me suis mis à aider les autres et à militer. Si tu voies mon blog tu comprendra.
Tout cela pour te dire que je pense à toi et te souhaite d'y arriver. T laisses pas aller ce serait leur faire trop de plaisir.
Amicalement.

Écrit par : nulmax | 02/07/2006

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