20/07/2006

Juillet doute

Bruxelles caniculaire de rien se vide de ses juilletistes.  La bise s’essouffle. L’horizon vacille jusqu’à ce que tombe la nuit. Les jours gourds ploient sous le joug de cet été geôlier.

 

Maroquin sous le bras, j’avance au ralenti. La sueur perle sur mon front. De grosses gouttes de transpiration  roulent entre mes omoplates. J’aperçois le lieu. Aucune illusion. Si je suis convoquée, ce n’est que dans l’espoir de pallier à  l’hypothétique absence d’un fonctionnaire durant la période des vacances. Une demi journée, une journée, une semaine au maximum.

 

Une poignée de candidats patientent déjà dans un large patio. Un indépendant qui rame, une chômeuse et une large majorité d’étudiants. Trois mondes qui se côtoient l’espace de quelques heures. Trois univers imperméables. Les étudiants babillent, rient à gorge déployée, échangent leur trac, se font un cinéma. Pour eux, une première petite expérience professionnelle à la clef. Une superproduction dans laquelle ils espèrent un rôle de figurant. Enthousiasme et naïveté.   Je souris et réprime quelques larmes. Comme un retour à une case départ lointaine. Une période antédiluvienne qui reviendrait au galop.

 

Que fais-je là, en course pour un job d’étudiant. J’ai envie de chialer comme une môme.

 

L’appel de mon nom m’extirpe de ma torpeur : «  Vous avez bien conscience que si vous êtes là aujourd’hui, c’est dans le cadre d’un éventuel remplacement. Pour être une sorte de bouche-trou durant les deux mois d’été ? »  m’annonce mon interlocuteur. « Je tiens à vous dire qu’il n’est nullement question d’un CDD ou d’un CDI » trouve-t-il utile de rajouter.  

 

Fin des tests. Fin du dernier entretien : « Tenez vous prête au cas où l’on vous appellerait. Merci d’être venue ».

 

Bouche-trou estival. Au fond du trou le reste de l’année.

 

Ainsi s’écoule et coule la vie d’un chômeur.

14:52 Écrit par Stockwell | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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