17/08/2006

Dessein inanimé

Les pales du mini ventilateur tournent à plein régime. Décolorée, lippue, les traits épais trop généreusement poudrés, la femme agite une liasse de documents froissés sous le nez du réceptionniste. La voix est rocailleuse et le français hésitant. Il est question d’allocations de chômage, d’inscription, de permis de travail et de couleur de carte de chômage. Un salmigondis administratif qui doit être quotidien à l’ONEM. J’attends que la femme ramasse un gros sac à main fatigué et ventru pour tendre ma convocation. Un agent de l’ONEM doit en effet évaluer mon activité de recherche d’emploi.  C’est le lot des chômeurs qui n’en finissent pas de demander un emploi. Demander, puis supplier.

 

On m’indique un long couloir au bout duquel attendent, en rang d’oignons, les représentants des différents syndicats. Quelques personnes tuent le temps sur de petites banquettes en moleskine. Je reconnais de loin le sigle de mon organisation. Une jeune femme accorte m’invite à m’asseoir à une petite table. Je donne mon nom qu’elle coche dans une longue liste. Je sors de mon sac à dos une pile de feuilles de plusieurs centimètres, preuve de mon activité de « sans activité » officielle : lettres de candidature, preuves d’inscription dans des sociétés d’intérim, réponses négatives d’employeurs, copie de courriels. La représentante de mon syndicat y jette un coup d’œil, puis m’explique à quoi je dois m’attendre.

 

Elle porte ma convocation dans un petit bureau et m’invite à patienter. Dix petites minutes après, un homme mince d’origine maghrébine sort d’un bureau et me tend une main ferme, m’invitant poliment à le suivre dans le dédale de l’ONEM. Un bureau dans une grande salle défraîchie habillée de cloisons. Le fonctionnaire commence par m’égrener les sanctions que je risque au cas où, à la fin de l’entretien, il jugerait que mes recherches n’auraient pas été suffisamment poussées.

 

Le questionnaire débute : carte d’identité, diplômes, permis de conduire, accès à Internet, langues parlées, parcours professionnel, méthodologie de recherche etc … Un dialogue s’instaure au fur et à mesure que je sors des preuves de mes recherches. Mon licenciement abusif, ma perte de confiance, mon désarroi, mes espoirs, mon combat devant la Justice. La personne en face de moi ne me juge pas. Il remplit son dossier, me propose des pistes, m’encourage à ne pas me décourager devant les murailles qui se dressent devant moi depuis si longtemps.

 

L’évaluation est positive et le dialogue se poursuit. Je contresigne le document. Si je n’ai toujours pas retrouvé d’emploi d’ici seize mois, je serai reconvoquée à un nouvel entretien d’évaluation. Avant de me serrer la main, il insiste sur la Carte Activa à laquelle j’ai droit. Cela devrait permettre à des employeurs potentiels de bénéficier d’avantages financiers  au cas où l’un d’eux m’engagerait. Le nom « Activa » porte à sourire dans ma situation.

 

J’enfourne ma pile de documents dans mon sac à dos. Je porte cette pile de « preuves » comme un fardeau, les stigmates de mon statut de paria de l’emploi.

17:33 Écrit par Stockwell | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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