27/09/2006

Architecture du Vide

L’ascenseur grimpe jusqu’au sommet de l’immeuble. L’espace de quelques instants, je me retrouve cadre, consultant ma montre. Je tapote mon maroquin, j’éteins mon GSM. Ne vais-je pas en réunion ? Le tintement caractéristique de l’ascenseur arrivant à destination met fin à ces secondes de vaporeuse excitation de labeur inventé.

 

Une souris à la voix à peine audible, serrée dans sa taille 36, me tend une main fuyante et osseuse. Je crois comprendre qu’elle est l’assistante de Monsieur X., la personne qui va s’attabler au déjeuner de ma vie. La personne à qui je vais devoir répéter que j’ai perdu mon emploi, sans doute que j’ai eu plusieurs CDD et que, peut-être, lorsque j’avais neuf ans, j’ai doublé une année scolaire.

 

Il me demandera bien sûr quels sont mes défauts et mes qualités, pourquoi je souhaite travailler dans sa société. Immanquablement, il s’étonnera de constater que je n’ai pas retrouvé un emploi dans des délais qu’il aura décrété comme « normaux », lui qui ignore, en passant, la signification d’une carte ACTIVA mentionnée dans ma lettre de motivation.

 

Je me montrerai souriante, avalant sans ciller les piques qui font mal jusqu’à en percer l’âme.

 

C’est l’une des caractéristiques du « métier » de chômeur : l’acceptation de l’humiliation par une tierce personne. L’acceptation du viol de sa vie et de son passé. Une sorte de jugement dernier devant le Tribunal de l’Emploi, peuplé de recruteurs malsains et d’employeurs fourbes cantonnés dans leur virtualité.

 

Les entretiens entretiennent la vacuité de notre devenir. La main semble se tendre pour mieux se rétracter au-dessus du gouffre.

 

Je chute à chaque fois en silence.

 

Dans cet interminable pacte avec le Vide.

00:58 Écrit par Stockwell | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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