04/01/2007

Emploisonnement

Je me noire. Du verbe "se noirer". Brisée, je me casse en moi. "Il y a chez vous quelque chose que je ne comprends pas". Moi non plus. Savonnage de planche. Le second rendez-vous dérape. Le fauteuil, en forme de grosse araignée tapie, est trop bas. L'employeur s'engouffre dans la faille de mon regard. Entre chien et loup. Prise à la gorge des questions-bastons. Mes tempes battent la chamade. Pulsent. Répulsent. La question tombe, retombe et je chute. "Vous ne pouvez donc pas me dire quel est exactement, en chiffres, mon avantage si je vous engage avec la carte Activa. Vous avez un problème ! Vous avez un problème ! Vous avez un problème ! ".

Mes lèvres brûlent, mes joues, incendiées, donnent le tempo de ma détresse. Fichée sur mon siège qui semble s'abaisser à vue d'oeil. L'auteur - des questions - prend de la hauteur. Sa voix tonne, la mienne atone.

"Il y a un problème chez vous". Chaque syllabe s'enfonce dans ma chair. Mes phalanges se contractent, cherchant mes paumes glacées.

"Bon. Passons aux tests". Quels tests ? L'épreuve n'a-t-elle pas été suffisante ?

"Recopiez ces deux factures. Il y a deux pièges. Ensuite répondez à quatres courriels en néerlandais. Enfin, vous décrirez en cinq lignes les raisons pour lesquelles vous souhaitez travailler ici. Cela me servira de test de graphologie".

Enfin seule devant un ordinateur au sourire gris.

Abîmée, touchée, coulée, noyée. L'écran, et pas le cran de renoncer à ce sort dont je ne sors pas.

22:48 Écrit par Stockwell | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Bravo pour votre super article, assez complet et précis, interminable existence à votre blogue.

Écrit par : match france honduras coupe du monde | 15/06/2014

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