05/04/2007

Electrichienne de vie

Les camions filent double. Tintinnabulement des trams. Progressent et s’assoupissent comme portés par une séguedille sans fin. Les ruelles s’accrochent et décochent des regards en coin. Sens uniques, sens iniques, interdits, sautent-moutonnent autour de la rue Royale Sainte-Marie.

 

De guerre lasse, je me gare devant une entrée portant le sigle « enlèvement de véhicules ». La vieille porte alourdie de fer forgé me regarde d’un œil hagard. Les fenêtres succombent sous un rideau de poussière. Aucun nom accolé aux crasseux petits boutons de sonnettes. Je griffonne mon numéro de téléphone portable sur une feuille que je dépose derrière le pare-brise.   

 

Le courriel était bref : on souhaite me rencontrer à 10H30 suite à ma candidature. L’annonce, en elle-même, était succincte, mentionnant juste le niveau d’études requis et l’intitulé du diplôme ainsi que le statut ACS (Agent Contractuel Subventionné).

 

J’accélère le pas jusqu’à l’ASBL en question. L’aile droite de l’immeuble est moderne, l’aile gauche, dans laquelle je m’aventure, est vétuste. Je longe un ancien réfectoire blasé. D’improbables tables en formica patientent, résignées. Autre couloir ténébreux, des affichettes écornées se battent sur un tableau. Escalier, deuxième étage. Long couloir peuplé d’affiches, de conseils, de prospectus qui se chevauchent, punaisés à la va-vite. Aucun comptoir d’accueil. Je passe donc ma tête dans le premier bureau venu et annonce l’objet de ma visite. On me dirige vers une salle terne où trois personnes, que je suppose être des candidats, sont assises.

 

Devant nous, une rangée de vieux ordinateurs aux écrans rebondis. Les trois personnes, trois hommes, sont plongés dans la lecture d’une feuille qu’ils semblent relire sans fin. Mon voisin de gauche, un grand boutonneux, martyrise le document entre ses doigts effilés. A ma droite, deux hommes sans âge, en jeans et chaussures fatiguées, semblent ployer sous le poids de leurs épaules voûtées.

 

Une boulotte entre deux âges entre et me tend la fameuse feuille. Quelques lignes plus tard, je comprends mieux le désarroi silencieux de mes compagnons d’infortune. L’emploi s’avère être un mi-temps et le but, la rédaction d’un guide sur les métiers de l’électricité. La mission est limitée à quatre mois. Pour un salaire de misère. La première étape de la sélection pour ce malheureux CDD consiste en la rédaction d’un projet de quatre à six pages … manuscrites à effectuer hic et nunc. Un épais voile de tristesse tombe sur mes yeux. Je me sens lasse. Mes membres gourds ne répondent plus.  

14:39 Écrit par Stockwell | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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