04/10/2007

Le jour et l'ennui

« Qu’est-ce qui vous amène ? »  Un petit homme jaillit d’un immense fauteuil et me tend une main moite avant de replonger sur son siège à roulettes dont le dossier dépasse au moins de deux têtes le sommet de son crâne dégarni.

 Tout, autour de l’homme, semble inversément proportionnel à sa taille. Le bureau est gigantesque, comme l’écran de son ordinateur et même le téléphone aux quatre rangées de touches. 

 « Qu’est-ce qui vous amène ? » reprend mon petit interlocuteur dont les mains courtaudes et légèrement boudinées ne cessent de s’agiter, de la souris de l’ordinateur à son téléphone portable en passant par le bout de son nez, sa bouche et son agenda. « Vous ! » répondis-je. La question est aussi insolite que le personnage.  L’homme me pose quelques questions sur mon parcours et les atouts que je pense pouvoir apporter à une société comme la sienne. Il écoute, ne note rien. Dans mon dos, la porte du bureau s’ouvre et se referme à plusieurs reprises et j’aperçois une silhouette de grande taille. Je l’entends s’installer, téléphoner.  Mon interlocuteur se lance dans la description des activités de son entreprise dans un discours désordonné, puis me lance, à brûle pour point : « Comment envisageriez-vous ce cas de figure ? ». Ma réponse semble l’enthousiasmer, à mon grand soulagement. Mais ce sentiment n’est que passager tant les explications fournies par le petit homme sont confuses. Au fil des minutes, je vois de moins en moins ce que je pourrais lui apporter et quelle serait éventuellement ma place dans son organigramme.

La personne qui travaille derrière arrive. Il porte exactement les mêmes vêtements que le petit homme.  « C’est mon frère » me précise-t-il. Laurel et Hardy me font face. Le petit homme se replonge dans ses palabres, griffonne des chiffres sur une feuille, y ajoute des diagrammes sommaires, une série de flèches et quelques mots qu’il appelle « clefs ». J’ai envie de prendre la porte. Ce maelström n’en finit pas.

Le petit homme réussit à se hisser hors de son siège et photocopie les schémas illisibles qu’il vient jeter sur papier de façon compulsive. Il me tend fièrement son œuvre avant de se caler à nouveau dans son fauteuil géant. 

 « Réfléchissez à tout cela » me dit-il d’un air satisfait me faisant comprendre que l’audience est levée. « Mardi, je vous retéléphone pour que l’on fixe un nouveau rendez-vous ».  Ni mardi, ni les jours suivants mon téléphone ne sonnera. 

J’ai servi de distraction à un homme en quête d’importance. Intermittente du spectacle. En cène pour nourrir les ego de petits despotes. En scène pour divertir un fifre, un sous-fifre en manque de galons. Rideau !   

14:57 Écrit par Stockwell | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |